Cher public du Théâtre de l’Iris,

Dis, quand nous reverrons-nous ?

Après deux confinements, alors que les librairies, qualifiées de manière absurde « d’activité non essentielle », ont pu rouvrir, nous espérions pouvoir enfin vous accueillir.

Les nombreuses équipes artistiques que nous soutenons et qui avaient travaillé des mois afin de vous présenter leurs spectacles ont dû déchanter. Le plaisir partagé, la possibilité de se « déconfiner les esprits », (pour reprendre le titre de l’éditorial de notre plaquette de présentation de saison), tout cela est repoussé aux calendes grecques !

Le Président de la République, après avoir affirmé, lors de son allocution du 24 novembre 2020, que « les lieux de culture POURRONT reprendre leurs activités le 15 décembre », a décidé de repousser au 7 janvier 2021 une possible réouverture, pour l’interdire à nouveau, le vendredi 1er janvier, pour cause « de circulation du virus ».

Ce virus qui, sans doute, ne circule pas dans les transports en commun, dans les entreprises, dans les galeries marchandes et les centres commerciaux… !

Ce ne sera pas, non plus, le 20 janvier espéré. On parle maintenant de mars Jusqu’à…

Jusqu’à quand s’obstinera-t-on dans ce mépris absurde de la culture, qui nous est pourtant aussi vitale que « l’eau, le gaz et l’électricité », (pour rappeler la célèbre formule de Jean Vilar, totalement oubliée aujourd’hui) ? Faut-il encore rappeler que la culture emploie autant de salariés que l’automobile, tout en rapportant au PIB 7 fois plus de richesse nationale !

Après des mois d’infantilisation et de culpabilisation nationale nous regrettons qu’une partie de la profession, oubliant toute réflexion politique un peu approfondie, ou bien encore renonçant à toute prise de parole ferme, en soit venue à se contenter de demander à être vaccinée pour sortir de cette impasse. Est-ce vraiment digne du combat du monde artistique de ce pays ?

Aujourd’hui, on voudrait faire de la vaccination, question évidemment essentielle, le seul débat, et faire oublier l’injustice absolue de la restriction des libertés et de la fermeture de nos lieux.

Les temps qui viennent vont être catastrophiques pour notre secteur. Vaccination ou pas.

Un nombre considérable de compagnies vont disparaître (pour certaines c’est déjà le cas). Annulations, impossibilité de reports sur la saison suivante, emplois précaires fragilisés, incertitudes sur les aides et subventions des années prochaines.

Le pire est à venir sur les deux ou trois années qui suivent… du moins pour ceux qui auront « survécu ».

Devrons-nous aller à la rencontre de notre public dans les églises, faisant ainsi jouer ce droit d’asile qui bénéficia à Quasimodo ?

Ces réflexions graves que nous souhaitions partager avec vous, comme citoyens et partenaires, ne doivent pas nous empêcher de vous souhaiter une excellente année, pour vous et vos proches ! Qu’elle s’éclaircisse enfin, que nous puissions de nouveau rêver d’un monde plus humain, du retour de la solidarité et retrouver avec vous par la magie du plateau, la puissance des textes, des poètes, des réflexions et des débats.

Bref, ce qu’on appelle la vie.

La vie que vous nous souhaitons très sincèrement la plus joyeuse possible pour cette nouvelle année 2021, en continuant à prendre soin de vous et de vos proches.

Philippe Clément, Directeur
Serge Rifkiss, Président